Marc Perelman
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L’objectif de cet essai est la mise au jour d’une intelligibilité des rapports historiquement institués entre le corps, l’architecture et la ville. Sans prétendre faire l’inventaire de ces multiples liens, l’auteur a cherché à en dégager et analyser les moments forts, les noyaux durs, les structures pérennes. Il constate d’emblée qu’au cœur des rapports établis entre le corps humain et l’espace construit, il est question d’un puissant mouvement de soumission sinon d’exploitation dont l’auteur veut rendre compte par une critique engagée.
Une fois abordée l’analyse de l’implication du corps dans le projet d’architecture, l’auteur s’est intéressé à définir la cristallisation d’une symbolique corporelle de l’architecture, et à mettre ainsi en lumière la projection de la structure corporelle (de parties du corps ou du corps tout entier) dans l’architecture. Plus loin, l’auteur a voulu montrer la forte structuration de l’inconscient collectif par la visualisation unique (une logique du visuel, un ordre visuel) ; il évoque l’immense poids historique de l’architecture et de la ville en tant que concrétion visuelle massive, à savoir la forme cristallisée géante de cette onde longue matérialisée par l’urbanisation totale des sociétés. Ce faisant, il analyse l’emprise permanente du fonctionnalisme sur l’ensemble de l’architecture : par l’intériorisation violente, dans le corps, de cet espace urbanisé et unifié en tant que forme géométrique radicale assignée à l’axiologie perspective, et par la production répétitive de la cellule-enveloppe du corps, une forme sociale et surtout politique qui prend possession de l’espace, le fabrique, et crée son propre temps à l’ère moderne. Tout au long de cet essai, l’auteur analyse et caractérise le corps socialisé de l’ère moderne en tant que construction et maintenant forme quasi-architecturée et réifiée, encadrée par l’urbanisme misérable, bref ce corps qui sent la mort dans un espace en lente décomposition.
Étayée théoriquement par de nombreux apports extérieurs au strict champ de l’architecture (psychanalyse, philosophie, sociologie…), l’analyse s’est également développée par rapport au statut et à la situation du corps dans la représentation picturale, celle-ci indéfectiblement liée chez Giotto à un cadre architecturé, peint ou réel. L’essai montre encore comment le corps intervient directement dans les expériences perspectives et dans les réalisations de Filippo Brunelleschi, à l’instar de l’édification de la coupole du Dôme de Florence.
Dans cet essai, l’auteur, loin de souhaiter produire une architecture critique, en appelle à fonder une critique de l’architecture qui ne soit pas une utopie pour le corps mais le corps de l’utopie. Si l’on ne sait toujours pas ce que pourrait devenir l’architecture à l’endroit du corps, au moins sait-on maintenant ce qu’elle ne doit plus être.